"Il pouvait y avoir des hommes plus beaux, mais il n'y en avait certes pas de plus significatifs qu'on nous passe cette expression: tout dans le comte voulait dire quelque chose et avait sa valeur".
Le comte de Monte-Cristo
Livre de poche tome 2 page 406
Pourquoi avons-nous opté pour l'analyse d'un
Seul personnage?
Parce que l'analyse de tous les personnages
de l'œuvre est un domaine très vaste; si vaste
que l'on ne saurait la faire sans être amené à
bâcler le travail vu les circonstances:
le volume de l'œuvre et le temps dont nous
disposons. Il est d'ailleurs difficile de se faire
une idée exacte du volume qu'une telle analyse
prendrait. On peut le soupçonner immense car
en se proposant d'analyser un seul personnage,
on est déjà sûr que la matière ne manquera pas. Il est vrai - et tant mieux pour nous - que ce choix nous évite le problème de classification, quoique, nous soyons obligés de situer notre personnage par rapport aux autres. Notre souci n'est pas de catégoriser le personnage puisqu'il est le seul objet de notre travail, mais, en aucune façon, nous n'isolerons, n'arracherons le personnage de son monde afin de mieux le voir. C'est impossible d'ailleurs. La tâche que nous espérons mener à bien rentre dans le cadre d'une analyse textuelle. Les projecteurs seront axés sur le personnage d'Edmond Dantès, mais il y aura de la lumière tout autour.
Pourquoi avons-nous choisi le personnage d'Edmond Dantès?
Nous voulons ainsi conserver l'honneur ou du moins l'importance accordée à ce personnage par l'auteur en donnant son nom à l'œuvre tout entière. Nous ne voulons pas par là affirmer qu'Edmond Dantès est le héros, le personnage important car tout est important dans une œuvre et la notion de héros selon Philippe Hamon est liée à l'idéologie. Cependant, nous ne pouvons nier que la plupart des énigmes, des moments de risque, se rattachent à ce personnage.
Nous voici arrivés à l'une des grandes questions: qu'est donc cette notion de personnage?
Est-ce une personne? Que l'on pense au personnage de cinéma, de théâtre, des arts plastiques, de la bande dessinée ( Astérix est le nom du journal et aussi d'un personnage comme le comte de Monte-Cristo, pourtant nous avons plus de sympathie pour Obélix avec son Idéfix que pour Astérix lui-même) ou bien au personnage de roman, la notion est toujours la même; il n'y a que la substance du récit qui change. Nous nous arrêtons un instant sur le théâtre et le cinéma; nous disons que tel acteur a joué dans un film ou dans une pièce de théâtre. La notion de jeu est importante. Nous la retenons car elle répond un peu à notre question. Une fois, au cinéma, une vieille dame suivait avec un intérêt visible, une scène assez brutale d'un film; deux acteurs, (ou deux personnages) se bagarraient. L'un avait poussé l'autre dans une piscine. Ce dernier essayait de remonter mais son adversaire, à chaque fois, et à la dernière minute, d'un coup de pied dans la figure, le renvoyait dans l'eau. La vieille dame (spectatrice) ne pouvait s'empêcher de crier: "Oh ! Non! Ce n'est pas possible!" La littérature - comme le cinéma- est un jeu. Alors pourquoi cette dame crie-t-elle? Pourquoi un lecteur est-il impatient de connaître la fin du roman qu'il lit? Tout porte à croire que le lecteur, le spectateur et en général, le consommateur ( terme économique) d'un récit, tout en sachant que le récit ( le produit) est un jeu, se représente après une "métamorphose" comme des êtres réels ayant un esprit, un caractère, un destin, une vie donc et une mort.
Le personnage est une création de l'auteur. Le modèle est évidemment l'homme réel avec sa personne et sa personnalité. Les sèmes constituant la personne et la personnalité du personnage sont toujours des sèmes utiles et nécessaire à la "praxis" du discours. Ainsi, dans une œuvre littéraire, il n'y a jamais de superflu. Il y a toujours une correspondance entre l'être et le faire d'un personnage. De même, il existe un lien étroit entre ce personnage et le lieu où il évolue. Il y a même un va-et-vient du sens du personnage au lieu décrit et vice-versa.
Le modèle est l'homme, dans le passé, dans le présent ou dans le futur. Tout créateur vise à faire croire que les personnages de son récit sont des êtres réels. Quand, par exemple, un personnage dit à un autre: "Ce que j'ai vu hier, on ne le voit qu'au cinéma!" Cette phrase veut dire en un certain sens que ce que le spectateur regarde est un monde réel et non un film, une fiction.
Quand dans une création artistique, la "personne" d'un personnage a une autre forme que celle de l'homme ( un animal, une fleur par exemple ) le côté moral humain subsiste toujours. Avec la conquête de l'Espace, de nouveaux personnages ( nouveauté dans la forme) sont créés par les spécialistes de la Science-fiction: un martien a la forme d'un robot-miniature par exemple.
Le mot "personnage" lui-même, est venu dans le discours du Comte de Monte-Cristo : "le reste de l'étage était loué à un personnage fort riche que l'on croyait Sicilien ou Maltais" Il s'agit ici d'un sens précis. Le discours appelant notre personnage un "personnage", parle au nom d'une voix X; le narrateur prend ses distances, enlève son nom au personnage et parle de lui comme si celui-ci lui était inconnu. Ce mot a à peu près le sen que recouvrent les mots: un "type", un "mec", du langage familier; ou encore, le sens du mot un "individu", dans un autre registre. Le mot revient avec le même sens dans: "Le personnage, dont l'arrivée mystérieuse avait attiré l'attention de Franz..."