Sommaire

Le compte de Monte-Cristo


c) Le compte de Monte-Cristo
Depuis que le personnage "a pris cette terrible résolution et fait ce formidable serment"13 , un règlement de comptes apparaît sur "l'horizon d'attente". Tout dans le discours s'organise en vue de l'accomplissement des desseins du personnage qui sont aussi ceux du discours. La rencontre du numéro 34 avec le numéro 27 semble fortuite et a l'air, mais seulement l'air, d'un hasard. Dantès s'évadant de prison sans cette rencontre, ne pourrait se déguiser à sa guise et ne pourrait se hisser au rang de ceux à qui il réserve un méchant sort. Il ne pourrait pas non plus arracher les renseignements nécessaires à la réalisation de ses projets à Caderousse. Mais le discours, son complice, est là pour le rendre fabuleusement riche de manière à ce qu'il puisse apprendre que Danglars est devenu baron, que Fernand est comte de Morcerf, époux de Mercèdès avec qui il a un enfant qu'ils ont appelé Albert. Caderousse lui apprend aussi que Villefort est procureur du roi et que les trois familles résident à Paris. C'est Albert de Morcerf qui introduit le comte dans la société parisienne, et quelle société? Celle strictement nécessaire aux desseins du comte et du discours. La série de vengeances commence . Comment le comte règle-t-il leurs comptes à ceux qui ont causé ses malheurs? Dantès est mis au courant de la fortune et de la vie privée de chacun de ses trois personnages. Alors son plan est arrêté. Nous ne pourrons ici faire une étude de ces vengeances . Nous nous contenterons simplement de signaler que le comte accomplit ses desseins en usant de toute sa science, de toute sa fortune, de toute son influence et de tout son art. C'est ainsi que le baron Danglars, qui est banquier, est attaqué dans ce qu'il aime le plus c'est-à-dire dans son argent. Le comte pour anéantir le comte de Morcerf c'est-à-dire Fernand le Général, révèle sa trahison du pacha de Janina. La fille de ce dernier, Haydée, qui est esclave du comte de Monte-Cristo, témoigne en faveur de son maître. Quant à Villefort, il est d'abord victime d'une "mystérieuse" série d'empoisonnements qui emporte l'un après l'autre, plusieurs membres de sa famille. Puis le comte amène Villefort, procureur du roi, à juger son propre fils qu'il croyait mort. C'est au cours de ce règlement de comptes qu'Edmond perd la mesure et que ce côté divin dont nous avons parlé, est contrebalancé par le côté humain, voire satanique. Ce côté germe déjà chez le numéro 34: "Il n'y aura de sentinelle qu'autant que vous le voudrez bien"14 . Le numéro 34 est donc prêt à tuer s'il le faut . Le comte d'ailleurs, veut ignorer la pitié. Ce sentiment est censuré par le discours car il lui nuirait dans une certaine mesure. Si le comte avait pitié il serait clément et nous dirions adieu aux vengeances qui constituent, comme nous l'avons dit, le programme du personnage et du discours. Si le discours censure la pitié et le clémence chez le comte, il lui attribue par contre, une insensibilité diabolique; le comte est comparé, à un moment du texte, à "Brutus de l'école stoïque"15; et à un autre moment , à "un mauvais ange"16. D'ailleurs le comte, après la mort du petit Edouard Villefort, s'aperçoit que des innocents sont entraînés par le puissant torrent de ses vengeances: "le comte se dit que pour en être presque arrivé à se blâmer lui-même, il fallait qu'une erreur se fût glissée dans ses calculs"17. Conscients de cette perte de la mesure, le personnage et le discours, à l'avant-dernier chapitre, intitulé le pardon à Danglars : "je suis celui dont vous avez fait mourir de faim, qui vous a condamné à mourir de faim, et qui cependant vous pardonne parce qu'il a besoin lui-même d'être pardonné: je suis Edmond Dantès! " 18.