APULÉE
Écrivain et philosophe néo-platonicien du IIe siècle, Apulée est surtout connu comme l’auteur d’un roman d’aventures à tendances philosophiques intitulé L’Âne d’or ou Métamorphoses ..

Les " Métamorphoses"
Il s’agit encore de magie dans son œuvre romanesque. Lucius, le héros des Métamorphoses – roman qu’Apulée dénomme « causerie milésienne » – se trouve changé en âne grâce aux artifices magiques que son amie Photis a empruntés à la magicienne Pamphilé dont elle est la servante. Certes le « charme » comportait un antidote ; il suffisait de manger des roses pour redevenir homme. Mais Lucius est malencontreusement enlevé par des brigands qui tiennent l’âne à l’écart des roses ; il est ainsi mêlé, en acteur ou en auditeur, à mille et une aventures dont Apulée lui fait raconter les péripéties avec une verve pittoresque et variée. À la fin des onze livres du récit, une initiation aux mystères de la déesse Isis permet à Lucius de reprendre sa forme humaine.
Les sources de ce roman – original, même s’il relève comme le roman grec contemporain ou postérieur autant de l’épopée que de la comédie – font l’objet d’une controverse. Il nous reste une page de Photius sur un certain Lucius de Patrae dont l’Âne aurait été transcrit par Lucien. Cet Âne de Lucius de Patrae étant probablement un abrégé, la critique est amenée à supposer l’existence d’un modèle grec commun à celui-ci et à Apulée. Que notre auteur ajoute ou non à sa source, qu’il évite ou non les contradictions, son récit est mené avec entrain. Tandis que Lucius s’adapte péniblement à sa vie d’animal, et passe des mains des brigands dans celles d’un jardinier, d’un soldat, d’un pâtissier, etc., les histoires les plus diverses s’organisent en un ensemble véhément et bigarré.
Après le récit de la transformation et de l’enlèvement du héros, le roman comporte, au fil d’un long voyage, des histoires de brigands (vol chez Chryseros à Thèbes, chez Démocharès à Platée), des contes galants comme l’épisode de la femme du meunier, et des cas de crimes monstrueux comme celui de la belle-mère empoisonneuse. Tout cela est mis en valeur par un art de conteur disert et habile, par la fantaisie bien adaptée du ton, et par une langue pittoresque et poétique dans laquelle les archaïsmes s’insèrent harmonieusement.
Au milieu de cette abondance élégante et mouvementée, quelques épisodes – propres au récit d’Apulée, ou fortement transformés par lui – méritent un intérêt plus approfondi. Apulée a sans doute ajouté à son modèle la fable des amours d’Éros et de Psyché (Métamorphoses , IV, 28 - VI, 24). On y trouve des éléments de conte populaire et mythologique : c’est une vieille qui parle ; la jeune Psyché est exposée à un monstre en punition de sa beauté exceptionnelle. Mais Éros intervient, tombe amoureux et emmène Psyché dans un palais enchanté où il la comble de bonheur sans que toutefois elle ait le droit de voir de ses yeux son fabuleux époux. Quand elle obtient une entrevue avec ses sœurs jalouses, celles-ci la poussent à tuer le monstre ; armée d’un poignard et d’une lampe, Psyché se penche sur Eros ; de stupeur, elle laisse tomber une goutte d’huile bouillante sur l’épaule du dieu. Celui-ci la chasse. Pour retrouver Eros, Psyché doit subir une série d’épreuves dictées par Vénus, parmi lesquelles une descente aux Enfers ; et finalement elle épouse Eros, de qui elle a une fille du nom de Volupté. Est-ce un simple conte ? Les noms, Amour et Ame, sont symboliques. Sans passer en revue toutes les hypothèses, retenons qu’il s’agit sans doute d’une « odyssée » platonicienne de l’âme.